Le 17 juin 2026, à l’occasion de son Assemblée Générale, La Main a accueilli de nouveaux sociétaires et a renforcé ses liens avec des partenaires qui partagent l’ambition de faire des lieux culturels des espaces pérennes au service du collectif.
Si ces projets viennent de territoires différents, répondent à des besoins variés et portent des imaginaires singuliers, ils se rejoignent autour de l’idée qu’un lieu culturel est un espace où se fabriquent des liens, où se transmettent des mémoires, où s’inventent des formes de coopération et où se construisent des réponses collectives.
Trois nouveaux sociétaires ont ainsi été accueillis :
- À Saint-Laurent-la-Gâtine (Eure-et-Loir), La Baligande est une association socio-culturelle reconnue Espace de Vie Sociale. À travers son café associatif, ses ateliers, ses spectacles et ses événements, elle crée un lieu de rencontres et de convivialité pour les habitant.es du territoire. En 2026, malgré des défis fonciers, le collectif poursuit son engagement pour donner naissance à un espace pérenne au service de la vie locale.
- Depuis près de quarante ans, Politis est un média indépendant qui éclaire les grands enjeux de société en donnant la parole aux acteurs des transformations sociales, écologiques et démocratiques. Sans actionnaire industriel ni financier, le journal défend une information exigeante, ouverte au débat et au service de la citoyenneté. Son entrée au sein de La Main renforce le dialogue entre médias, lieux culturels et initiatives citoyennes, afin de mieux faire connaître les expériences de terrain et les récits qui accompagnent les transitions.
- Le Centre d’archives, des mémoires et des cultures LGBTQIA+, qui œuvre depuis 2017 à la création d’un lieu autonome et ouvert à toutes et tous, consacré à la collecte, à la conservation et à la valorisation des mémoires LGBTQIA+. Ce projet culturel et mémoriel répond à un besoin de reconnaissance, de transmission et d’accès au patrimoine. Son engagement pour faire émerger un lieu pérenne en Île-de-France fait pleinement écho aux enjeux de La Main autour de l’accès au foncier et de la préservation des communs culturels.
La Main développe également de nouvelles coopérations avec des projets qui pourraient rejoindre prochainement la coopérative :
- Le PHARES (93), est un lieu coopératif qui rassemble depuis les années 1990 des structures associatives, économiques et citoyennes engagées autour de valeurs de solidarité, d’écologie et d’innovation sociale. Plus qu’un espace partagé, il constitue un véritable écosystème de coopération, où les acteurs mutualisent leurs ressources, développent des projets communs et expérimentent de nouvelles façons d’agir sur leur territoire. Son engagement rejoint pleinement les ambitions de La Main autour des lieux comme espaces d’hospitalité et de coopération.
- A Roubaix, El Houma, qui signifie « quartier » en Algérie, est une ancienne usine de 750m² au cœur de Roubaix. Stéphane Juguet, son directeur, indique que le lieu est « pensé comme hétérotopie (Michel Foucault) : un « espace autre » où s’inventent des utopies concrètes. La démarche s’appuie sur l’entrepreneuriat populaire pour faire émerger de nouvelles formes de coopération, d’émancipation et de production culturelle. »
Des lieux de fabrique du lien
Le premier point commun de ces projets est leur volonté de faire du lieu un espace de relations. Stéphane Juguet d’El Houma, l’exprime particulièrement bien : « El Houma (…) est un lieu qui accueille des activités, mais surtout un lieu qui fabrique des liens. Des liens de voisinage, des liens avec des partenaires, avec d’autres lieux, entre générations, entre disciplines, entre habitant.es, artistes et artisans. » Dans ce quartier populaire de Roubaix, l’usine devient un « (mi)lieu, une manufacture d’imaginaires et de liens, ancré dans son quartier », un espace où la culture, l’entrepreneuriat populaire et l’action collective se rencontrent.
Au PHARES, cette dynamique prend la forme d’une coopération organisée entre acteurs associatifs, économiques et citoyens, en créant les conditions de l’interconnaissance, du partage d’expériences et de l’émergence de projets communs. Cette vision rejoint celle de nombreux lieux accompagnés par La Main : leur valeur se mesure à leur capacité à créer des communautés, à accueillir des usages multiples et à permettre des rencontres improbables.
Défendre les lieux culturels comme des communs
Derrière ces projets, une même question revient : comment garantir dans la durée l’existence de lieux dont la valeur est avant tout sociale, culturelle, citoyenne ?
Le Centre d’archives, des mémoires et des cultures LGBTQIA+ en est une illustration forte. Son combat pour accéder à un lieu pérenne montre que la question foncière est aussi une question politique : quelles activités voulons-nous protéger dans nos villes ? Quels récits voulons-nous transmettre ? Quels espaces voulons-nous préserver de la seule logique marchande ? Son futur lieu dans le 19e arrondissement de Paris sera à la fois un centre d’archives, un lieu de mémoire et un espace culturel ouvert à toutes et tous. Ce projet rappelle une conviction portée par la coopérative : certains lieux constituent des biens communs et nécessitent des formes de protection collective pour exister dans le temps long.
C’est également la réflexion concernant les modèles qui rendent ces lieux possibles qui a donné l’envie à El Houma de rejoindre La Main. En contribuant aux échanges autour des formes d’organisation et de pérennisation des lieux indépendants, El Houma souhaite participer à l’écriture d’un manifeste faisant dialoguer ambition politique, ancrage territorial et viabilité économique.
Le déménagement et les interrogations actuelles de La Baligande témoignent eux aussi de cette réalité alors que le projet traverse une période de questionnements liée au foncier. Cette fragilité n’est pas une exception : elle est devenue une question structurelle pour de nombreux lieux qui cherchent à s’inscrire durablement dans leur territoire.
Faire circuler les savoirs et renforcer les capacités collectives
Rejoindre La Main, c’est aussi rejoindre un espace d’apprentissage mutuel. El Houma le formule ainsi : « Rejoindre La Main, c’est intégrer une communauté de lieux qui partagent une vision politique de la culture et la volonté de renforcer leur autonomie. » Une autonomie qui ne se construit pas seul, et qui repose sur la capacité à partager expériences, outils, méthodes et ressources.
Cette ambition rejoint celle de projets comme le PHARES, qui fait de la coopération un véritable outil de transformation. Comme le souligne le lieu : « Conscient que la coopération ne se décrète pas, le PHARES offre un cadre pour qu’elle puisse naître, se développer et perdurer », en favorisant l’interconnaissance et l’émergence de projets collectifs.
C’est aussi ce que permet un réseau comme La Main et qui a pour objet de permettre aux lieux de sortir de l’isolement et de mettre en commun les expertises et ainsi de renforcer la capacité des lieux à agir face à des enjeux complexes, notamment fonciers. En rejoignant la coopérative, les lieux ne viennent pas seulement chercher des ressources, mais ils contribuent aussi à construire une intelligence collective au service de tous.
Tous ces projets posent ainsi une même question : comment créer les conditions pour que les initiatives locales puissent apprendre les unes des autres et peser davantage collectivement ?
S’unir pour faire exister d’autres récits dans l’espace public
Les nouvelles arrivées parmi les sociétaires de La Main parlent aussi de la bataille des récits. Les lieux que nous accompagnons expérimentent d’autres manières de produire, d’habiter et de faire société. Ils permettent également que ces expériences soient visibles, racontées et puissent nourrir le débat public.
Cette question traverse le projet du Centre d’archives, des mémoires et des cultures LGBTQIA+, qui en créant un lieu dédié à la transmission et à la mise en partage de mémoires longtemps invisibilisées, rappelle que préserver un lieu, c’est aussi préserver les histoires qu’il rend possibles. Son combat pour un accès pérenne au foncier est indissociable de l’idée que sans lieu, il n’y a pas de mémoire vivante.
L’arrivée de Politis parmi les sociétaires de La Main parle quant à elle de la circulation et de la mise en débat de ces récits. Depuis près de 40 ans, le média indépendant contribue à faire connaître les combats, les idées et les initiatives de la société civile. En rejoignant La Main, Politis vient renforcer le lien entre les lieux qui expérimentent de nouvelles façons de faire société et les récits qui permettent de les rendre visibles.
Dans un contexte marqué par une fragilisation des espaces d’expression indépendants et des incertitudes concernant les prochaines échéances démocratiques, l’arrivée de ces nouveaux sociétaires au sein de La Main réaffirme l’importance de faire vivre des espaces où peuvent se construire d’autres visions de la société. Aujourd’hui, travailler collectivement et s’unir pour rendre visibles ces expériences devient un enjeu politique à part entière. Préserver ces lieux, c’est aussi défendre les histoires qu’ils portent et les imaginaires qu’ils ouvrent.
Une communauté qui grandit pour faire face à des défis communs
Les nouveaux membres de La Main ne racontent pas tous la même histoire. Ils viennent de territoires différents, répondent à des besoins variés et portent des imaginaires singuliers, mais partagent l’ambition de faire de leur lieu des espaces de transformation sociale.
C’est une communauté capable de défendre le foncier culturel comme un enjeu politique, de partager des ressources, de renforcer l’autonomie des projets et de faire reconnaître la valeur des espaces qui fabriquent du commun, que La Main cherche à construire.
Dans les mois et les années à venir, les objectifs sont pour La Main de continuer à rassembler des lieux et acteurs engagés, de développer des ressources communes et d’accompagner les projets dans leurs enjeux fonciers. L’arrivée de nouveaux sociétaires et partenaires nous montre à nouveau que la réponse ne peut pas être individuelle face à la pression foncière et à la fragilisation des modèles économiques et que c’est le collectif qui permettra de faire émerger de nouvelles manières de penser la propriété et l’usage des espaces culturels.
Derrière chaque lieu culturel, il n’y a pas seulement un bâtiment à préserver : il y a des récits à transmettre, des liens à faire vivre et une société à construire.









